CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER : LA MALTRAITANCE À L’ÉGARD DES PERSONNES ÂGÉES EN MAISONS DE RETRAITE : APPROCHE ET CLASSIFICATION
1.1- Approche de la maltraitance
Loquacer au sujet d’une seule approche, qui soit universelle, du phénomène existentiel de la maltraitance des personnes âgées en maisons de retraite n’est pas une tâche de tout repos ; or, il existe, en effet, une gamme variée d’approches susceptibles d’être qualifiées d’asymptotiques, c’est-à-dire d’approximatives, reflétant par là un aspect douloureux du vécu du registre quotidien de ces personnes âgées et répondant ainsi à son caractère protéiforme (Sauveur, 2015, p. 13).
Partant de là, l’éventail d’approches est infini, car la maltraitance pourrait être physique ou psychologique, accompagnée ou dépourvue d’agressions verbales, notamment. Elle pourrait également s’exprimer par de mauvais traitements sur le plan financier ou matériel. C’est un terme qui s’accompagne souvent d’un autre vocable : la violence (p. 13).
Davantage, la maltraitance, ou au dire de Beauchemin, la violence « est une contrainte physique ou morale exercée sur une personne. Cette contrainte peut ou non avoir un but de contrôle ou de profit tant matériel que psychologique. L’intentionnalité de la contrainte n’est pas obligatoire, la violence pouvant restreindre les libertés même quand un auteur en est inconscient » (2004, p. 11).

Par ailleurs, Vivet, dans son étude sur la violence, en a signalé deux aspects : la violence en « bosse » qui correspond à la violence physique et psychologique, et la violence en « creux » qui se caractérise par la négligence, et l’abandon dans la prise en charge des soins de la personne (1991, p. 23).

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Ceci dit, dans le cadre gérontologique, la maltraitance ou la violence envers les personnes âgées en maisons de retraite s’inscrit plus précisément dans le cadre de soins inadéquats, de négligences ou d’abus. C’est le cas de la personne âgée placée en institution par sa famille sans en être informée ou sans son consentement. Celle-ci se retrouve du jour au lendemain loin de sa famille, de sa ville ou de son village, de ses voisins, de ses amis, etc. (Tremblay et alii, 1994, p. 27). De là, il s’avère que la maltraitance ou la violence institutionnelle est inhérente à toute institutionnalisation, bien qu’il arrive parfois qu’elle s’exerce pacifiquement et sous des couvertures légales. Le soignant devient l’oppresseur et toute action de soins est une « agression caractérisée » (p. 27).

Plus précisément, un acte de maltraitance sera jugé comme tel en fonction du contexte : ainsi isoler et/ou empêcher une personne âgée de sortir est une maltraitance ; alors qu’enfermer un criminel dans une prison sera, au contraire, considéré comme une sanction légitime » (p. 27).

En général, le mauvais traitement d’une personne âgée s’avère toute action quoi qu’elle soit, plus particulièrement, d’une personne occupant un poste de confiance, un(e) ami(e), un(e) voisin(e), un membre de la famille œuvrant en maisons de retraite, ou du personnel rémunéré, qui nuit à une personne âgée (p. 27).

Dans le droit fil de la même thèse, et sur un plan plus extensif, la maltraitance des personnes âgées en maisons de retraite pourrait s’approprier les facettes suivantes : elle peut être soit d’ordre physique, comme les bousculades, les secousses, les coups, etc. ; à ce niveau, administrer une quantité excessive de médicaments est tangiblement une forme de mauvais traitement ; soit d’ordre psychologique, comme le fait de traiter les personnes âgées comme si elles étaient des enfants, les tyranniser et les insulter ; soit d’ordre financier ; à ce niveau, il se peut que quelqu’un occupant un poste de confiance confisque l’argent d’une personne âgée, l’oblige à vendre sa propriété ou des possessions personnelles, ou encore exige la modification de son testament ; soit le résultat de négligence, comme c’est le cas des personnes âgées qui ne sont pas nourries comme elles le devraient, qui ne reçoivent pas de soins médicaux et qui sont laissées dans des endroits dangereux ou isolées (Podnieks, 1994, p. 37-39).
On peut multiplier les exemples illustrant aussi effectivement qu’inévitablement la maltraitance des personnes âgées en maisons de retraite, mais l’on se croit être autorisé à attester que la dignité humaine est, à ce niveau, anéantie, et que la personne humaine est reléguée à un plan secondaire, ce qui déblatère contre la tendance ennoblissante de la cogitation kantienne sur l’homme : « L’homme n’est pas une chose ; il n’est donc pas un objet qu’on puisse traiter simplement comme un moyen » (Reboul, 1970, p. 189), d’où cette impérieuse nécessité d’avoir toujours présente à l’esprit cette maxime fondamentale qui met en saillie la valeur inestimable de l’éthique comportementale et honore à merveille la personne humaine : « Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen » (p. 189). 
Au contraste de cette maxime kantienne qui exhausse la personne humaine à un degré inégalable de respect, de dignité et de mérite, se présente une autre image de la vieillesse qui se concilie avec la marginalisation sociale vécue par les personnes âgées et exprimée en termes de discrimination et d’inégalité qui sont parfois pires que le sexisme et le racisme, surtout en maisons de retraite (Butler, 1974, p. 141).
1.2- Classification
Plus concrètement, et surtout dans notre contexte, c’est-à-dire en maisons de retraite, la maltraitance des personnes âgées se vêt les formes suivantes :
a) la maltraitance physique :
La maltraitance physique peut être une sérié d’actes ponctuels qui peuvent se répéter ou un ensemble de comportements créant une constante situation pénible, comme la limitation des mouvements ou un certain confinement abusif, qui peuvent causer de la peine ou des douleurs physiques (Martel, 1996, p. 13).

Par ailleurs, elle vise à infliger consciemment, ou non, des souffrances physiques, ou d’interdire l’accès à des soins de santé de qualité, pour gagner du temps. Ainsi, faire une toilette rapide ou mettre une couche sans soigner comme il faut la personne âgée, donner des repas trop rapides ou insuffisants, faire des gestes brusques et inadaptés sans prévenir la personne, comme les heurts des mains dans les contours de portes lors d’une aide à la marche ou en fauteuil roulant, etc. Toutes ces situations sont autant de cas de maltraitances physiques qui peuvent se rencontrer lors des soins administrés en maisons de retraite. À ce niveau, les exemples se déferlent à l’infini : la surveillance, les soins médicaux et les soins infirmiers manqués en cas de nécessité ; l’absence du respect de l’intimité lors des soins du corps ; l’indifférence à une douleur exprimée ; l’abstention ou le refus des soins de première nécessité ; le manque d’écoute et d’attention ; les interventions basées exclusivement sur un modèle médical (surmédication et médicalisation des soins) ; le ligotement à un lit, à une chaise ; les blessures infligées délibérément (gifle, pincement, tape, ongles longs, bousculades, rudoiements, une blessure, ou une douleur engendrée par le port d’un vêtement serré) ; et les graves assauts, comme le viol ou le meurtre, etc. (p.14-27).

b) la maltraitance psychologique :
On entend, par maltraitance psychologique, toute agression verbale chronique, des mots ou des gestes qui dénigrent les personnes âgées, et qui sont blessants et froissent leur identité, leur dignité et leur amour-propre (p. 25).

Cette maltraitance psychologique se traduit par l’absence du respect de la vie privée et des effets personnels de la personne âgée, le mépris de ses désirs, lui refuser la communication avec des êtres chers, la non-satisfaction des besoins de santé et des besoins sociaux de l’intéressé(e). À ce niveau, les indicateurs de cette forme de maltraitance peuvent inclure des manifestions psychologiques graves sur la personne âgée en maison de retraite, comme la peur, des difficultés à prendre des décisions, l’apathie, le repli sur soi et la dépression (p. 26).

Plus encore, la maltraitance psychologique implique également toute forme d’abus consistant à retirer à la personne âgée son pouvoir de décision. Cela peut s’illustrer par le ton de la voix, autoritaire, cassante, par le fait de s’adresser à elle avec des cris, des reproches pour la culpabiliser, en la tutoyant sans qu’elle l’ait demandé, ou bien au contraire en l’infantilisant, par exemple : « “C’est l’heure de changer ta couche”, ou bien “t’as encore fait pipi au lit !” » (p. 27).

Davantage, on distingue les types de maltraitance psychologique liée aux paroles et aux expressions, comme la dévalorisation, les reflets négatifs et les jugements qui consistent à donner des surnoms (mémère, la vieille, grand-mère, etc.), du tutoiement, faire des remarques sur les visites, etc. ; les ridiculiser ou les culpabiliser dans leur recherche d’un ami, dans leur vie sexuelle, déclencher une angoisse par ses propos, négliger de soulager la douleur malgré les plaintes, prendre les décisions à leur place, mettre systématiquement une couche ou des bavettes à tout le monde, ne pas respecter le choix exprimé, les forcer à agir vite, à se presser, programmer un isolement planifié, les limiter à l’usage d’une seule pièce, les changer de chambre sans même les consulter ou les avertir, ou bien les laisser dans la même chambre avec une personne dérangeante ou de qui émane une odeur nauséabonde (Podnieks, p. 16).

c) la maltraitance sociale :
La violence sociale ou familiale envers les personnes âgées peut se produire en cas de rupture de la relation sociale entre une personne âgée et sa famille, ou de mésentente familiale, ce qui pousse les membres de sa famille à l’introduire dans une maison de retraite (p. 29).
Ainsi, les normes socioculturelles définissant les comportements acceptables, l’importance des valeurs familiales et la valeur accordée au troisième âge dans la société influent sur le degré de gravité de la violence (p. 29).

Par ailleurs, la maltraitance sociale en maison de retraite se caractérise principalement par le fait d’ignorer sa présence lors des soins, de la priver de toute action, ou de tout rôle social, sous prétexte qu’elle est trop âgée. Cela peut s’illustrer lors de la toilette, en la privant de toute intimité, ou bien, en l’attachant sur les toilettes, porte ouverte, ou encore en lui imposant la présence d’une autre personne pendant une toilette intime (p. 29).

La maltraitance sociale se manifeste également par tout préjugé et/ou comportement social tendant à nier la dignité d’une personne âgée, à l’exclure socialement et à diminuer de son estime de soi tel l’âgisme et l’indifférence sociale (Lagacé, 2010, p. 237) .

d) la maltraitance thérapeutique :
La caractéristique majeure est l’acharnement thérapeutique. Mais cela peut être aussi l’absence de soins, le refus du médecin de donner un médicament qui apaise la douleur. Ce type de violence relève généralement de la décision d’une équipe en coopération avec le médecin (Laurent et alii, 1997, p. 18).

Il faut aussi signaler que la maltraitance pharmaceutique s’entend de la mauvaise utilisation, délibérée ou accidentelle, de médicaments ou d’ordonnances, lorsque le soignant ne dispense pas les médicaments nécessaires ou administre des doses qui peuvent avoir un effet sédatif ou causer des troubles physiques à la personne âgée (p. 18).

e) la maltraitance matérielle et architecturale :
Cette forme de maltraitance peut surtout se rencontrer dans de vétustes maisons de retraite mal chauffées, sombres, trop exiguës, où la personne ne peut pas avoir d’intimité, si elle le désire. Cela peut aussi être lié à des négligences humaines, avec l’emploi de mobiliers usés, hors normes de sécurité, risquant d’être dangereux pour la personne. À ce niveau, il y a maltraitance, par manque de vigilance (Berg, 2014, p. 385).
Par ailleurs, l’exploitation financière ou la maltraitance matérielle inclut l’utilisation illicite ou indue ou le détournement des biens et/ou des ressources financières d’une personne âgée, la modification de son testament et d’autres documents juridiques contre son gré, le déni du droit de gérer et de contrôler ses fonds propres, les escroqueries financières et autres manœuvres frauduleuses et, enfin, la mauvaise gérance des institutions qui se traduit pat le vol d’argent, de chèques de pension, la filouterie qui consiste à faire un usage abusif de son argent ou de sa propriété et à vendre des biens fictifs, le chauffage inadéquat et la suppression ou le déplacement des objets personnels sans le consentement de la personne âgée concernée, la présence d’un espace mal adapté aux conditions particulières : fauteuil roulant, lit très haut, changement de chambre imposé sans consultation ni préavis, négation des besoins de la personne (du fait du pouvoir que donne le port de la blouse blanche et en fonction des idées reçues, persuader la personne que ce qu’elle fait lui est néfaste, mixité dans une même chambre, absence de lieu pour recevoir en privé, etc.) (Hugonot, 1998, p. 3-5).

f) la maltraitance spirituelle :
Si la violence physique est bien visible, il existe des formes de maltraitance qui, renvoyant aux besoins décrits par Maslow (1972, p. 109), c’est-à-dire de maintien de la vie, de sécurité, de propriété, d’appartenance, de considération, d’estime de soi et de dépassement, sont « sans traces visibles », notamment pour les trois derniers besoins de développement qui sont d’ordre spirituel.

La définition de ces besoins spirituels est difficile à délimiter, car ils dépendent de chaque personne. On peut toutefois retrouver des thèmes constants chez les personnes âgées, comme le désir de vivre, lié au consentement au troisième âge et à la mort (Fagherazzi-Pagel, 1993, p. 127). Ainsi, l’idée du travail de « dessaisissement » correspond aux multiples pertes liées aux maladies, aux deuils, au troisième âge. De même, la relecture d’une existence, d’où l’importance de l’évocation du passé, des longues remémorations qualifiées par les plus jeunes de radotage. En un mot, c’est le rapport au passé, le bilan, qui a valeur spirituelle. Et, enfin, la convivialité qui est une priorité. Elle est reconnue dans l’intensité d’une présence affective qui comble l’attente de chacun : les repas, la communion dans la communication, le rire en sont de bons témoins (Zyl, 1980, p. 164).

g) Les mauvaises organisations des soins et/ou des services prestataires :
En effet, de telles organisations présentent une mauvaise qualité de nourriture, un strict règlement régissant les sorties, c’est-à-dire avec l’obligation pour les familles de signer une autorisation, ce qui inflige angoisse et inquiétude ; un autre règlement qui est austère régissant les heures de lever, de coucher et de sortie. À ce niveau, le lever doit être planifié en fonction du sommeil, des habitudes et de la pathologie de la personne âgée. Le coucher doit avoir lieu en fonction des mêmes conditions. Notons que la prescription de somnifères est imposée aux personnes ne pouvant s’exprimer, alors que celles qui verbalisent sont capables d’expliquer leurs besoins et d’opposer leur refus. Par ailleurs, l’absence d’intimité lors des soins intimes cause des gênes à la personne âgée, la longue attente avant de recevoir les soins essentiels la tracasse, le modèle d’intervention médicale non adapté – surmédication et surmédicalisation des soins – l’inquiète, l’absence de ressources permettant aux personnes âgées de développer leur autonomie la tourmente, et l’absence de service de loisirs et d’activités, comme le repas pris à l’extérieur, le jardinage et la danse, la frustre (Couture et alii, 1987, p. 20).
h) La violation des droits :
La notion de droits des personnes âgées est une notion sacrée et, par conséquent, inviolable. Mais, il arrive parfois que nous assistions à une certaine violation des droits de ces personnes-là. Cependant, parmi les éminentes chartes qui illustrent à bon escient les droits des personnes âgées, nous retenons, à titre d’exemple, celle rapportée par Gamache et Milette (1986, p. 81) comprenant les droits suivants : le droit au secours, quand la santé et la vie même d’une personne âgée est en péril ou en danger ; le droit à la liberté d’association qui n’est pas respecté dans certaines maisons de retraite ; le droit à la sauvegarde de la dignité au troisième âge et au respect de la vie privée ; le droit à la jouissance paisible des biens et de certaines propriétés ; le droit au respect de la personne âgée, qui ne doit pas être considérée comme marginale ; le droit judicaire et le droit politique, le retraité continuant d’être un citoyen à part entière jusqu’à la fin de ses jours ; les droits économiques et sociaux fondamentaux pour qu’il continue de vivre décemment dans la dignité et le respect de tous et chacun sans être réduit au rang d’assisté social ; le droit à la protection par la suite de la perte progressive de l’autonomie de la santé physique et mentale et d’une partie des biens et du revenu de la personne âgée ; le droit à la protection contre toute forme d’exploitation et le droit à un logement dans une résidence, un centre d’accueil ou une maison de retraite.
Par ailleurs, la violation des droits d’une personne âgée consiste à empêcher cette dernière d’exercer un contrôle normal sur sa vie, au non respect de son rythme, au non respect de ses droits et de ses besoins, au manque d’écoute et d’attention en maisons de retraite.
i) La négligence institutionnelle :
C’est le fait de ne pas répondre aux besoins d’une personne âgée en maison de retraite, et cela se traduit en ne lui fournissant pas une alimentation adéquate, des vêtements propres, un logement sûr et confortable ou encore des soins de santé et d’hygiène personnelle adéquats ; en l’empêchant d’avoir des contacts sociaux ; en ne mettant pas à sa disposition des accessoires fonctionnels si nécessaires ; en ne veillant pas à prévenir les dangers physiques et en n’assurant pas la supervision nécessaire. Les responsables de la personne âgée peuvent ne pas fournir les éléments nécessaires pour diverses raisons : manque d’informations, d’aptitudes, d’intérêt ou de ressources (p. 82).

Par ailleurs, les indicateurs de négligence incluent une gamme de symptômes physiques de mauvaise santé comme la pâleur, les lèvres sèches, l’amaigrissement, des vêtements sales, des frissons, l’absence d’accessoires fonctionnels, une mauvaise hygiène corporelle, l’incontinence, des lésions cutanées et buccales, une détérioration physique et mentale (p. 82-83).

De même, la négligence peut également être associée au confinement et à une utilisation excessive de médicaments.

En outre, la négligence de soi est définie, dans certaines typologies, comme un ensemble de comportements qui menacent la santé ou la sécurité d’une personne âgée, comme des troubles physiques ou mentaux, et qui font que l’intéressé n’a plus qu’une capacité limitée de prendre en charge sa propre santé et entretenir sa forme physique. Si une personne âgée est déprimée ou vit dans des conditions d’hygiène déplorables, cela peut être signe de négligence de soi (Mercier, 1996, p. 23).

j) La mortification :
La mortification comprend les « séries d’humiliation, de dégradation, de mortification et de profanation de la personnalité imposées par l’institution » (Goffman, 1968, p. 56).

Les aspects de la mortification des personnes âgées sont innombrables. À commencer par l’isolement entre la personne âgée et le monde extérieur : dans l’institution, la personne âgée va abandonner ses rôles antérieurs. Viennent ensuite les cérémonies d’admission en institution : inventaire des effets personnels, il est courant de laver et désinfecter une personne qui arrive et va vivre dans l’institution ; on la met dans une chambre qu’elle n’a pas choisie, on lui range ses vêtements pour lui fournir ceux de l’établissement, elle a le malheur d’avoir une petite fuite urinaire, c’est la couche assurée pour l’avenir. Encore trop souvent dans certains établissements pour personnes âgées le personnel met une « chemise de grabataire » la nuit et même parfois toute la journée aux patients (Martin, 2000, p10-17).
Ajoutons à cela le dépouillement. Ainsi, parmi les biens que possède l’individu, il en est un qui touche de plus près à sa personnalité. L’homme espère pouvoir garder quelques contrôles sur l’image de lui-même qu’il offre aux autres. Les affaires personnelles sont laissées dans le placard de l’institution pour utiliser le matériel commun : savon, gants et serviettes de toilette, le peigne et la brosse qui coiffent toutes les têtes. La crème de soin qui adoucit la peau restera dans la trousse de toilette (Goffman, p. 62).

CHAPITRE DEUXIÈME : IMPACT DE LA MALTRAITANCE SUR LE PSYCHISME DES PESONNES ÂGÉES EN MAISONS DE RETRAITE
La maltraitance des personnes âgées en maisons de retraite a un impact négatif et dépréciatif sur leur psychisme. Ainsi, l’amour-propre de chaque personne est profondément affecté. De là, on commence à assister à une dégradation graduelle de l’image de soi. En effet, « ce n’est pas seulement dans son aspect extérieur, par la perte de ces attributs, de son identité que le reclus se voit défiguré, mais aussi dans son corps par des mutilations directes et permanentes, marques ou amputation par exemple. Si ces atteintes à la personnalité sous forme de sévices corporels ne se rencontrent que dans un petit nombre d’institutions totalitaires, la perte du sentiment de sécurité personnelle est générale et engendre pour le reclus la crainte de se voir défiguré. Les coups, les thérapeutiques de choc ou les interventions chirurgicales, quel que soit l’esprit dans lequel ces traitements sont appliqués à certains malades, tout cela peut donner à nombre de reclus l’impression qu’ils sont dans un milieu où l’intégrité de leur personne est menacée » (p. 64) .

En d’autres termes, la personne âgée en maison de retraite commence à ne pas préserver certains domaines intimes, la porte de sa chambre ne ferme que rarement à clé, le personnel ne frappe jamais avant d’entrer ou bien il frappe et rentre sans attendre la réponse, même si la personne est capable de répondre. La nudité de la personne est exhibée, soit elle est lavée dans son lit, avec un voisin à côté, avec une porte de chambre ouverte, ou encore dans une salle de bain où la porte reste ouverte car il fait trop chaud pour le personnel, et bien souvent dans la salle de douche, on lave plusieurs personnes en même temps ; parfois des personnes des deux sexes dans la même pièce (Martin, p. 20).

Davantage, la personne âgée ne choisit pas la personne avec qui elle va partager sa chambre, celle qui sera à côté d’elle pour le repas ou dans la journée. La personnel en maison de retraite ne tiendra ou tiendra peu compte de ses remarques ou de ses désirs, la nécessité du bon fonctionnement du service passera avant toute chose. Si la personne âgée se manifeste trop, signale ses désirs et insiste pour avoir ce qu’elle désire, elle deviendra la résidente « pénible » du service (Moulias, 1999, p. 14).
Il arrive parfois que la personne âgée en maison de retraite s’expose à des sévices sexuels, c’est-à-dire à un contact sexuel non consensuel, qui va du viol avec violence au harcèlement sexuel par les soignants. Ce type de violence est particulièrement répréhensible si la victime ne peut communiquer convenablement ou si elle est physiquement incapable de se défendre (Peterson et alii, 1990, p. 42), ce qui défigure l’image de soi chez la personne âgée, victime de ces sévices sexuels, porte atteinte à son estime de soi (self-esteem) et constitue une entrave à l’acceptation de soi.
À ce niveau, le code de déontologie médicale français rappelle également que lorsqu’un médecin discerne qu’une personne est victime de sévices ou de privations, il doit mettre en œuvre les moyens les plus adéquats pour la protéger. Le signalement aux autorités judiciaires, médicales ou administratives reste facultatif, mais en règle générale le médecin ne devrait pas hésiter à les alerter sauf circonstances particulières qu’il apprécie en conscience.

Par ailleurs, le législateur autorise la levée du secret professionnel pour informer les autorités compétentes des sévices ou privations imposés à une personne hors d’état de se protéger elle-même, en raison de son âge ou de son état physique ou psychique. Le médecin n’est tenu qu’au signalement des faits constatés. Il ne dénonce pas leur auteur.
En effet, le troisième âge est une « situation de crise », un point tournant dans l’existence où les mécanismes d’adaptation habituels ne permettent plus de faire face aux divers changements rencontrés, lesquels sont très menaçants et surtout générateurs de stress.

Ainsi, dans leur lutte pour maintenir leur identité, les personnes âgées manifestent souvent leur stress par des réactions émotionnelles importantes (Tanner, 1976, p. 91). Les personnes âgées qui réussissent à traverser cette période difficile conservent leur intégrité et leurs valeurs personnelles et sont capables de bien accepter le troisième âge tout en demeurant relativement actives. Elles ont réussi l’adaptation. Elles savent comment utiliser les habiletés qui leur restent et se comportent de façon adéquate. C’est ce qui s’appelle la « compétence intellectuelle » (Ebersole et alii, 1985, p. 658).

Plus que cela, bien vieillir, c’est accepter la vieillesse comme un bien. Pour atteindre la sagesse et la sérénité et pour inventer une nouvelle façon de vivre, il faudrait avoir été capable, tout au long de sa vie, de s’adapter. Dans la mesure où l’on a su vivre, on devrait savoir et pouvoir aussi vieillir.

Quel que soit leur âge, les gens ont en général le potentiel qu’il faut pour apprendre à s’adapter aux circonstances changeantes de leur vie et ont tendance à essayer de maximiser ce qu’il y a de positif et de minimiser ce qu’il y a de négatif dans leur existence. L’adaptabilité au changement pourrait être le dynamisme positif le plus évident chez les personnes âgées (Huucka, 1977, p. 67-96).

Il semble même que la capacité d’adaptation des personnes âgées soit meilleure que celle des adultes plus jeunes. Pour s’adapter, les personnes âgées qui sont plus vulnérables devraient modifier leurs mécanismes de défense (Murray et alii, 1980, p. 277-279).

Ainsi, pour pouvoir conserver son image de soi et répondre à ses besoins fondamentaux, la personne âgée devrait modifier ses normes, ses objectifs et ses stratégies de comportement. Pendant qu’elle tente de s’adapter psychologiquement au troisième âge, elle vit d’autres changements sur le plan social, physique et sensoriel. Cette dépense d’énergie peut lui occasionner une grande fatigue et les résultats de l’adaptation ne sont pas toujours parfaits.

De là, il est impossible de limiter l’étude du troisième âge à la santé physique : la santé englobe une réalité beaucoup plus vaste, soit la personne et sa qualité de vie. Si le vieillissement physique est un phénomène inévitable, la détérioration psychique et psychologique dépend de la perception de soi. Au fur et à mesure qu’elle avance en âge, la personne âgée prend de plus en plus de distance par rapport à une époque productive de sa vie et modifie progressivement et parfois profondément son style de vie.

Bien vieillir autant au point de vue physique que mental, c’est être bien dans sa peau, avoir une bonne estime de soi et s’accepter tel qu’on est. De ces valeurs, la plus importante semble être l’estime de soi car elle permet de s’adapter aux changements liés au troisième âge, de se sentir aimé, de tolérer la frustration et de continuer à vouloir se réaliser et croître. Dans le processus normal de la sénescence, la personne en bonne santé physique et mentale peut évoluer vers une plus grande maturité et cheminer ainsi jusqu’à sa mort. C’est cette maturité qui permet à la personne âgée de conserver son bien-être, c’est- à-dire son tonus psychique. Sur le plan psychologique, le troisième âge se définit comme la période où le temps ne mesure pas la vie mais où la qualité de vie mesure le temps.

En revanche, la clé du bien-être passe par l’acceptation de soi, que ce soit d’un point de vue physique, psychique ou spirituel. L’acceptation de soi doit être profondément ancrée au fond de soi et envahir tout l’espace. De ce fait, il n’y a plus de place pour les frustrations, les colères, les remords, les regrets et tout ce qui apporte la douleur.

À partir de là, nous rejoignons la vive conviction de Spinoza qui s’attelle à attester que la personne humaine, tout particulièrement, la personne âgée, eu égard à son conatus, est susceptible de transcender son état de vulnérabilité, car elle est dotée d’une force qui s’acharne à affronter tout ce qui peut entraver son élan et qui par là même est susceptible de résister aux nuisances causées par les circonstances de la vie (p. 349).
Ces mots sont chargés de sens pour chacune des personnes âgées, il semble aisé de recevoir un compliment, un cadeau et de se résigner à l’amour. Et pourtant ! Peuvent-elles recevoir et se résigner? Probablement très difficilement pour la plupart. « Accepter » chez les personnes âgées, c’est reconnaître ce que leur renvoie le miroir représenté par leur corps et par les autres, dans la totalité et dans les détails. Ce qu’elles projettent à l’extérieur est le reflet de leur intériorité. Elles ne peuvent accepter ce qui leur semble bon et rejeter ce qui ne leur plaît pas. Elles ne peuvent pas accepter ce qui les arrange et rejeter ce qui les encombre.

Lorsque les personnes âgées donnent toute la place à l’acceptation de soi, elles peuvent devenir « Maîtresses » de leur destinée. C’est un engagement de chaque instant, une vigilance permanente pour penser et agir en conscience afin que l’image que leur renvoie le miroir soit de plus en plus pure (Adams, 1971, p. 64).

Le chemin de l’acceptation de soi passe par la découverte de soi-même. C’est souvent à travers les épreuves que les gens sont révélés à eux-mêmes. Et pourtant, il n’est pas nécessaire de souffrir pour se connaître, car dans l’acceptation de soi il ne peut y avoir de souffrance. Il faudrait seulement une bonne dose de confiance et d’abandon (Barret, 1972, p. 49).

À l’heure actuelle, l’image que l’on dégage est très importante. Et même peut-être trop. En effet, chacun porte des jugements sur les autres et sur soi-même. Mais lorsque l’avis qu’on a de soi est négatif, il y a alors souffrance et mal être. Lorsqu’on en vient à refuser une partie de soi ou qu’on ne s’accepte plus tel qu’on est alors on se dit être complexé.

La peur de montrer son corps, la peur de se mettre en avant, ou la peur des autres et de leur jugement pourraient être des signes d’un problème d’acceptation de soi.

Il faut savoir que ces problèmes apparaissent à tout âge. En effet, ces sensations de mal être se déclarent dans des moments de crise, et donc aussi ou troisième âge.

Pour les personnes âgées, c’est parce qu’elles se trouvent à une période durant laquelle leur corps change et elles ne se reconnaissent plus vraiment, qu’elles cherchent leur nouvelle identité.

L’une de ces périodes de crise les plus redoutées de l’existence est le passage à la dernière étape de la vie qui est le troisième âge. La personne âgée doit envisager les diverses détériorations qui accompagnent l’avancement de son âge, que ce soit sur le plan physique aussi bien que professionnel, économique, social et psychologique (p. 52).

La capacité d’adaptation à ce nouvel « état » est primordiale. Les circonstances de vie des personnes âgées à ce stade influent largement sur leur adaptation à leur nouvelle situation : la personne âgée est-elle le centre d’attention des membres de sa famille et de ses connaissances ou elle est négligée et mise à l’écart ? Est-elle respectée par ceux qui l’entourent ou elle est sous-estimée et maltraitée ? L’acceptation de soi des personnes âgées est alors mise en question selon leur vécu dans cette nouvelle étape de leur vie (p. 54-59).

En fait, les personnes âgées qui sont complexées d’une imperfection ou d’une maltraitance à laquelle elles sont exposées en maisons de retraite, ont une image idéale d’elles-mêmes, par rapport à laquelle elles se dévalorisent. Elles sont en perpétuelle comparaison entre leur image réelle et cette image idéale.

Le problème réside dans le fait que les personnes âgées maltraitées deviennent obsédées par leur situation alarmante et ne voient que leur faiblesse et leur humiliation, elles n’arrivent plus à se voir dans leur globalité. Fixées dans leur souffrance, les personnes âgées oublient de mettre l’accent sur leurs atouts et leurs qualités.

Alors comment résoudre ce problème de la non-acceptation de soi qui est une véritable entrave au bonheur et au bien-être des personnes âgées qui souffrent de ces mauvais traitements de la part des personnes qui les prennent en charge ?
En fait, pour soigner cet auto-rejet, il faut d’abord reconquérir l’estime de soi. Commencer par reprendre confiance en soi est capital. Se rendre compte que chacun est unique et possède des qualités est déjà un grand pas, la foi en est essentielle.

L’estime de soi
Il n’existe pas une seule définition claire du concept « estime de soi » au sein des disciplines psychologiques. On prendra donc les définitions admises par une majorité de psychologues.

Dans ce cadre, des chercheurs en psychologie renvoient l’estime de soi à trois significations particulières (Branden, 1969, p. 14) : On comprend par l’estime de soi, tout d’abord, le regard global d’un individu à son propre endroit qui demeure relativement stable à travers le temps et en dépit de situations changeantes ; puis, en deuxième lieu, le syntagme implique les évaluations d’un individu au sujet de ses capacités et de sa personnalité ; et, en troisième lieu, il s’agit du sentiment de valeur personnelle d’un individu lié à des événements ponctuels qui peuvent surgir dans sa vie.
Cela dit, l’estime de soi, c’est être en bonne santé mentale, c’est la connaissance de soi, c’est-à-dire ma connaissance de ses forces, de ses faiblesses, de ses difficultés, de ses limites, de ses besoins, ayant pour effet une image de soi en rapport avec la réalité.

Par ailleurs, lorsqu’une personne a une image positive de soi, elle pourra enrichir sa vie. Les gens heureux sont agréables à côtoyer. Lorsqu’un individu est « bien dans sa peau », les relations qu’il entretient avec les gens sont plus satisfaisantes et il est davantage capable de faire face aux exigences de la vie. En d’autres mots, il est plus heureux.

Partant de là, l’estime de soi est une attitude intérieure qui consiste à se dire qu’on a de la valeur, qu’on est unique et important. C’est se connaître et s’aimer comme on est avec ses qualités et ses limites. C’est s’apprécier et s’accepter comme on est (p. 14).

Davantage, l’estime de soi, c’est cette petite flamme qui brille à l’intérieur de soi lorsqu’on est fier de soi. L’estime de soi, c’est croire en sa valeur propre, à son droit à l’amitié, à l’amour et au bonheur (p. 15).

De surcroît, l’estime de soi influence toute la vie d’une personne : ses pensées, ses actions, ses sentiments. S’estimer, c’est prendre conscience de son unicité pour avoir des relations plus harmonieuses et positives avec autrui (p. 16).

Quant à Maslow, l’estime de soi correspond à une double nécessité pour l’individu : se sentir compétent et être reconnu par autrui (1972, p. 107).

Ainsi, dans le but de connaître l’importance de l’estime de soi chez les personnes âgées et son influence sur leur acceptation de soi, surtout si elles sont soumises à des maltraitances, il est indispensable d’expliquer la notion de l’estime de soi aussi bien que la façon dont elle est acquise et les attitudes que ces personnes âgées adoptent en fonction de l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes.

Notion de l’estime de soi
Des chercheurs en sciences humaines ont abouti à d’importantes conclusions quant à la notion de l’estime de soi. Ainsi, l’estime de soi est à la fois la maladie et le remède aux problèmes sociaux : des mauvais élèves aux criminels en passant par les membres de groupes « stigmatisés », les personnes âgées maltraitées, … tous souffriraient d’une estime de soi trop basse. La solution serait donc de les aider à rétablir l’équilibre de leur balance évaluative, bref, d’augmenter leur estime de soi (Branden, 1969, p. 20).

Comment procéder afin de parvenir à un tel résultat ?
En effet, le problème se situe à deux niveaux : tout d’abord, à un niveau logique : à cet endroit, l’estime de soi suppose l’évaluation de soi, considéré comme une entité stable et définie une fois pour toutes alors qu’à l’évidence il s’agit d’un processus, impermanent par essence. Ainsi, si une personne échoue à un examen, elle peut penser qu’elle n’est pas douée pour les études, alors que rien, empiriquement, ne permet d’aboutir à une telle conclusion. Et ce saut logique, erroné, va avoir un retentissement certain sur ses performances futures : puisqu’elle pense qu’elle n’est pas douée pour les études, elle ne va certainement pas réussir cet autre examen non plus, résultat qui viendra confirmer sa croyance de départ, par le jeu pervers des prophéties auto-réalisatrices (p. 27) ; en second lieu, à un niveau psychologique : à ce niveau, la médaille de l’estime de soi a son revers : si elle augmente lorsque l’individu le « mérite » (en ayant réussi à obtenir l’approbation sociale, à réaliser un projet gratifiant ou à tenir ses engagements), alors elle diminuera lorsqu’il a « fauté » (suite à un rejet social, une mauvaise performance ou une attitude contraire à son éthique). On voit très vite que l’individu sera sujet toute sa vie à des hauts et des bas incessants dans son « estime de soi » (p. 27).

Y a-t-il une issue ? Il existe une alternative à cette « montagne russe » émotionnelle que constitue l’estime de soi : l’arrêt pur et simple de toute évaluation de soi, au profit d’une évaluation de ses comportements et de sa satisfaction personnelle (p. 29).

L’acquisition de l’estime de soi
Chaque personne est un être social qui se développe au contact des autres. La perception qu’il a de lui-même se forge dès ses premières années de vie. Enfant, ce que ses parents, ses amis diront, les façons dont ils agiront avec lui auront une influence directe sur sa perception de lui-même, son estime de soi. Adolescent, son environnement et l’image qu’il aura de lui-même nourriront également son estime, son sentiment d’avoir une valeur ou non. Rendu à l’âge adulte, l’environnement joue encore un rôle important dans l’estime de soi en plus des événements du passé (succès, erreurs, échecs, etc.). Au troisième âge, l’image qu’il aura de lui-même sera le résultat de son vécu présent aussi bien que passé.

Cependant, la vraie estime de soi est fondée sur l’opinion qu’un individu a de lui-même et de ce qu’il a fait. Son talent, sa beauté, sa fortune, etc., n’ont rien à voir avec sa valeur. L’estime de soi c’est son acceptation et l’appréciation de lui-même tel qu’il est (p. 34).

Les attitudes et l’estime de soi
La personne qui a peu d’estime d’elle-même se sent dépourvue de valeur. Souvent, elle aura de la difficulté à réussir quoi que ce soit. Constamment, elle se fait des reproches intérieurs. Elle se dit incapable d’accomplir telle tâche et se sent inférieure aux autres, souvent elle se déprécie sans même s’en rendre compte ! Elle s’évalue d’après son passé, d’après les critiques des autres. Son impression de ne rien valoir vient avant tout de son dialogue intérieur qui est souvent presque exclusivement négatif (p. 37).

La façon dont une personne pense joue un rôle déterminant sur son estime de soi. Une personne est ce qu’elle pense ! Si son discours intérieur face à sa valeur est négatif, son estime de soi sera faible ou quasi inexistante (p. 37).

De là, l’estime de soi qui est une attitude intérieure, il est important pour l’individu de se connaître, de s’aimer tel qu’il est. Donc, pour les personnes âgées, apprendre à s’accepter, à s’apprécier, connaître ses goûts, ses besoins, ses capacités et ses limites, les aide à augmenter leur estime de soi. Dans ce but, il leur faudra changer d’attitude, avoir une vision de la vie et d’elles-mêmes qui soit positive et réaliste (p. 38).

En développant une attitude, une pensée positive par rapport à elle-même, la personne âgée augmente son estime. Un moyen facile est d’apprendre à se faire plaisir. Se gâter ! Le plaisir est une source de bien-être physique, émotif et spirituel. C’est une émotion positive, une sensation d’être bien vivant, d’être bien dans son corps, « bien dans sa peau », bien dans son être profond.

L’habillement, par exemple, nécessite de la part des personnes âgées qu’elles se valorisent et s’estiment suffisamment pour consacrer du temps et de l’énergie à ce processus. Celles qui sont déprimées se désintéressent totalement de leur apparence. Elles se sentent si misérables qu’elles ne prennent plus la peine de s’habiller convenablement et par le fait même deviennent encore plus misérables et finissent par ne plus pouvoir entretenir de relations sociales à cause de leur apparence négligée (Matteson et alii, 1988, p. 387).

Ainsi, pour plusieurs personnes, dire qu’il est important de se gâter, de se faire plaisir peut sembler égoïste ; il faut apprendre à changer cette perception négative et cela se fait à tout âge.

Se faire plaisir est le début d’une attitude positive face à soi-même. Lorsqu’une personne se fait plaisir, elle a une attitude positive envers elle-même, elle reconnaît sa valeur.

Par ailleurs, apprendre à reconnaître ses bons côtés, tenir compte de sa bonne volonté, découvrir les aspects qui sont intéressants en elle et être capable d’identifier ce qu’elle aime, augmentent l’estime de soi chez la personne âgée.

De là, la reconnaissance de sa propre valeur est un bon début afin d’augmenter son estime de soi. Chaque personne a une valeur, non pas seulement pour ce qu’elle a fait mais pour ce qu’elle est actuellement. C’est pourquoi la connaissance de ses forces et de ses limites est essentielle pour le développement de son estime personnelle. Lorsqu’elle se connaît bien, elle a davantage confiance en soi et elle s’affirme plus facilement (Branden, 1969, p. 40).

Le développement de l’estime de soi chez les personnes âgées permet un sentiment de mieux-être face à elles-mêmes. L’estime de soi augmente leur sentiment de valeur et d’utilité.

L’estime de soi facilite pour les personnes âgées les relations avec autrui, il leur sera plus facile d’entrer en contact avec les gens. Elle leur permet une plus grande sécurité émotionnelle, c’est-à-dire l’acceptation d’elles-mêmes, une plus grande tolérance à la vie, aux frustrations (p. 42).

L’estime de soi donne aux personnes âgées une perception plus réaliste de leurs aptitudes, de leurs qualités. Une bonne estime de soi leur offre une meilleure perception de la vie en général.

Certaines personnes âgées se traitent comme si elles étaient leur propre ennemi ! Alors qu’il est important pour elles d’apprendre plutôt à se traiter ; comme on traite son meilleur ami et cela commence par la reconnaissance de sa propre valeur.

L’atteinte de l’intégrité personnelle passe par le concept de l’image de soi, à savoir « l’ensemble des croyances et des sentiments que l’individu a de lui-même à un moment donné, c’est-à-dire ses perceptions internes et sa perception des réactions des autres » (Champagne, 1987, p. 54).

En effet, le concept de soi comprend l’image corporelle et l’estime de soi. La baisse de l’estime de soi est fréquente chez les personnes âgées et est reliée à différents facteurs dont la santé, la situation socio-économique, le niveau d’interaction sociale ainsi que la situation de vie et l’état marital (p. 59).

Le sujet éprouve ou est menacé d’éprouver un changement négatif dans la façon dont il s’imagine ou se voit. Le diagnostic d’altération actuelle ou potentielle du concept de soi est assez fréquent chez les personnes âgées. Les facteurs contributifs sont les modifications à l’image corporelle à cause des changements reliés au troisième âge et aussi les effets des maladies et des traitements.

Ces facteurs auraient souvent des conséquences négatives comme l’incapacité de remplir adéquatement son rôle social, la baisse de l’estime de soi et de l’identité personnelle. Les personnes âgées se perçoivent souvent de façon négative, acceptent mal les changements et ont souvent des attentes irréalistes face à elles-mêmes (p. 69).

Des enquêtes effectuées auprès des personnes âgées ont démontré que certaines ont une perception positive d’elles-mêmes et qu’elles se définissent en fonction des rôles qu’elles sont en mesure de jouer. Alors que d’autres se Aperçoivent négativement, se disent incapables de prendre des décisions, manquent de confiance en elles et se dévalorisent. Elles sont frustrées, n’acceptent pas de vieillir et sont plus vulnérables au découragement, à la « dépression et à l’impuissance. Elles ont tendance à s’isoler et éprouvent beaucoup de difficulté à s’exprimer et à se défendre (p. 72).

Plusieurs des changements à vivre par les personnes âgées, tels les maltraitances pour certaines d’entre elles, représentent de véritables crises : ils menacent leur estime et ne peuvent être résolus au moyen des mécanismes de défense habituels. Ces crises perturbent leur style de vie et représentent fautant d’atteintes à leur intégrité physique et psychologique. Il importe de bien évaluer comment chaque personne vit la situation de crise et d’intervenir le plus rapidement possible (Branden, 1969, p. 70).

De là, les situations de crise les plus courantes s’avèrent la perte de personnes significatives, la mort d’un pair ou d’une personnalité connue du même âge, les changements corporels abrupts (internes et externes) et maladies, l’exposition à des maltraitances volontaires ou par omission, les douleurs et malaises aigus, la brisure dans une relation interpersonnelle importante, la confrontation avec sa propre mort et la durée limitée de la vie, les vols et incendies, les blessures et chutes, le déménagement et le déplacement, l’aphasie (forme brutale consécutive à un accident cérébro-vasculaire), la perte de moyens de transport (permis de conduire) et de la capacité de se déplacer, les dépenses imprévues (maladie, achat d’appareils, etc.), la perturbation au niveau de la routine quotidienne (grèves, pannes, etc.), la mort de la personne qui partage la chambre (en centre d’accueil, par exemple) et le départ de la soignante (professionnelle ou autre) (p. 72).

De là, afin d’augmenter l’estime de soi chez les personnes âgées, il n’existe pas de formule magique prête à emporter ou efficace instantanément. C’est plutôt un apprentissage quotidien, qui part de leur attitude face à elles-mêmes, face à la vie. En d’autres termes, il importe aux soignants des personnes âgées en maisons de retraite, en vue d’augmenter l’estime de soi chez ces dernières, d’éviter de ruminer leurs défauts, leurs faiblesses et leurs erreurs, car ce sont des pensées qui empoisonnent la vie et détruisent l’estime de soi pour ne pas les laisser avoir de préjugés défavorables envers elles-mêmes ; garder l’esprit ouvert ; éviter de transformer chaque erreur en défaut ; tenir compte de leurs bons coups, des choses dont elles sont satisfaites ; mettre en évidence les qualités qu’on a utilisées des dizaines de fois au lieu l’accorder de l’importance aux erreurs ; être attentifs à leurs propres désirs ; exprimer leurs besoins et leurs attentes, car lorsqu’on satisfait ses besoins, on en recueille de l’énergie ; ne pas se sacrifier dans le but de plaire à tous et en tout temps, car cela est impossible et n’est pas nécessaire ; essayer de révéler une situation de maltraitance aux personnes adéquates ; ne pas se sentir responsables que pour des choses sur lesquelles elles ont un certain contrôle ; reconnaître qu’elles sont dignes d’être aimées pour ce qu’elles sont, car un être humain fait de son mieux avec les capacités et les limites qu’il a ; et, enfin, agir comme si c’était avec comme son meilleur ami en se donnant du plaisir (p. 79).

En effet, la perception que les personnes âgées ont d’elles-mêmes influence leur estime de soi. La façon dont elles se sentent dans leurs relations impersonnelles influence aussi l’estime de soi.

En somme, l’estime de soi d’une personne âgée est une attitude intérieure basée sur sa perception d’elle-même et celle que son environnement lui reflète. Afin d’augmenter son estime, son sentiment d’avoir une valeur, il lui faut reconnaître ses qualités et ses limites, être réaliste dans son évaluation de soi, s’accepter et s’apprécier comme elle est.

Davantage, afin de permettre à la personne âgée de sortir de son marasme émotif, on devrait utiliser toutes les stratégies possibles pour l’aider à augmenter son estime de soi.

Pour atteindre ce but, il existe une palette de stratégies qui se résorbent à l’écoute, à l’acceptation et à l’appréciation de la personne âgée, et cela en vue de lui permettre de se sentir plus humaine, plus digne et plus respectée. On devrait l’encourager tout en respectant son rythme d’évolution. On devrait de même saisir toutes les occasions de partager un moment ou quelque chose avec elle (le lever du soleil, une blague, une friandise, etc.) (p. 84).

À ce niveau, il paraît indispensable d’aider la personne âgée à reconstruire son image corporelle altérée, à acquérir et à conserver la maîtrise de son corps et à assumer la responsabilité de son rôle, ce qui l’aiderait à retrouver sa confiance. Quand on a des attentes à son sujet, on doit les lui formuler en lui offrant un choix. On lui propose, par exemple : « Il est important pour vous de vous lever et de vous habiller afin d’augmenter votre niveau d’énergie. Préférez-vous vous lever avant ou après déjeuner ? ». Cette façon d’agir permettrait à la personne âgée de conserver son estime d’elle-même et une certaine liberté.

Si la personne âgée parvient à dépasser sa situation de crise, son intégrité sera conservée, ainsi que son image de soi et son estime de soi, ce qui l’aiderait à s’accepter telle qu’elle est et à mieux s’adapter à cette nouvelle étape de sa vie qu’elle pourrait vivre comme un « âge d’or » au lieu de la subir comme 1′ « âge du déclin ».

À ce niveau, on peut attester l’importance pour toute personne, et en particulier pour les personnes âgées, d’avoir une image positive de soi, une bonne estime de soi et de s’accepter.

Et pour que cela soit possible, il faudrait que la personne âgée ait une attitude intérieure positive qui consiste à se donner de la valeur d’une part, et que toutes les personnes qui l’entourent sachent lui montrer un grand respect et beaucoup d’amour, d’autre part.

De là, on peut affirmer que toute maltraitance envers les personnes âgées quels que soient sa forme, ses auteurs, ou ses causes, aura des répercussions négatives sur l’acceptation de soi, puisque l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et l’estime qu’elles se réservent seront atteintes.

Cela dit, s’il est « beau » d’avoir la chance de vivre « longtemps », il est « impératif » de « bien » vivre ces dernières années de vie. Il faudrait s’employer à assurer une « bonne qualité de vie » aux personnes âgées, ainsi que reconnaître l’importance de leur vécu affectif. Elles devraient se sentir aimées, respectées, utiles, etc. Car si, au contraire, elles se sentent « délaissées », « haïes » et « maltraitées », elles ne « vivront » pas, mais elles auront des jours à faire « couler » pour s’approcher chaque jour un peu plus de leur « déclin » ou, en d’autres termes, de leur « repos éternel ».

Cependant, pour éviter aux personnes âgées en maisons de retraite d’aboutir à un tel sort, c’est-à-dire tragique et ignominieux, il s’avère indispensable de mettre en application une certaine stratégie qu’on peut qualifier de sage et de vigilante, à savoir la prévention. En effet, l’adage courant atteste : « Mieux vaut prévenir que guérir ». En d’autres termes, il est d’une extrême nécessité de prendre des mesures de précaution et d’attention que de remédier à une maladie abrutissante.
La question qui se pose à cet endroit est la suivante : Comment mettre en place, dans les milieux professionnels, des lieux de parole, de réflexion, de collaboration, pour permettre aux soignants, infirmiers, kinésithérapeutes, agents de service hospitalier et médecins de livrer au mieux de leurs capacités et de leur conscience professionnelle ?
À ce niveau, il sera d’une importance majeure de se donner les moyens d’une analyse collective des actes de soins qui peuvent être porteurs de violence et de multiplier pour le personnel – y compris pour les familles et les proches – les possibilités de formations multiples sur le thème de la maltraitance.

La prévention de la maltraitance commence dans le regard que porte la société sur le « vieillissement », sur « les personnes âgées », sur « ces vieux » qui sont, tour à tour, une mine de profit, une mine de ressources pour la société et qui deviennent ceux qui « pèsent » sur la société, ceux qui sont « une charge » et qui « coûtent cher » dès qu’ils ont besoin de soins, d’accompagnement, de prise en charge.

Comment la personne qui va soigner, aider, accompagner des personnes âgées « regarde » ou « voit » ce vieillissement, ce corps qui vieillit ? Comment appréhende-t-elle son propre vieillissement ?
Le travail du personnel (infirmier, agent de service, etc.) est défini non seulement par la compétence et le contrat de travail que lui confie rétablissement (pour le domicile ce peut être une association ou la personne âgée elle-même), mais aussi par les demandes, les besoins, les souhaits des personnes âgées.

L’acte de « prendre soin » sera la jonction de telles exigences. La prévention de la maltraitance nécessite donc de permettre à ces professionnels, à travers l’organisation et la qualité technique de leur travail, « d’être en relation » avec la personne âgée et ceux et celles avec qui ils collaborent (Maisondieu, 1998, p. 25).

Il est donc essentiel que la formation les aide à « ajuster leur savoir-faire » et les consignes de soins ou d’accompagnement aux souhaits et désirs de la personne âgée qui reste la « première concernée » dans le temps d’activité professionnelle.

De là, la prévention, ce sera aussi de donner au personnel la possibilité d’exprimer ce qu’il vit pour éviter de s’enfermer dans une relation difficile conflictuelle ou violente. Son rôle d’écoute, de proximité, d’attention est l’attitude qui soutient son travail.

Finalement la prévention n’est-ce pas le refus de s’attribuer un pouvoir sur la personne âgée que l’on accompagne ou soigne, en croyant avoir « la vérité » sur la situation ? Parce que justement la maltraitance « est » dans tous les gestes s’ils ne sont pas orientés pour le bien de la personne, avec son assentiment ou sa collaboration, dans un mouvement qui permet aussi aux soignants d’être en accord avec « leur bien-être ».

En maison de retraite, le soignant qui ne peut plus faire la toilette d’une personne âgée sans que celle-ci soit agressive, peut faire le choix d’aller trouver ses collègues et de passer la main à l’un ou l’autre en échange de la prise en charge d’une chambre. Il arrive que le « courant » ne passe pas avec tel ou tel.

Il n’y a pas toujours besoin de temps supplémentaires, de crédits additifs ou de décisions administratives, pour que des personnes soignantes, ayant le sens de la personne humaine, soient capables de trouver des solutions humaines et vraies.

Les personnes âgées, en institutions ou en maisons de retraite, ont besoin d’hommes et de femmes, compétents, respectueux, qui les considèrent jusqu’au bout comme des personnes riches d’expériences et soient auprès d’eux des « passeurs », dans le sens d’une présence d’accompagnement qui respecte leur dignité.

Comme l’atteste, de bon gré, Pélissier, « familles et soignants se confrontent régulièrement, toujours au nom du bien-être de la personne âgée. Sa souffrance, contrairement à la douleur, échappe fréquemment aux traitements médicamenteux. Faut-il continuer à se battre pour désigner un responsable ? Sa souffrance provient la plupart du temps de n’être pas entendue, de rester seule dans l’expérience de la vieillesse et dans l’angoisse de la mort. Nous l’avons dit : on ne meurt pas d’être auprès d’un mourant, on ne vieillit pas prématurément d’être auprès d’un vieux. Faut-il continuer à se battre pour désigner un responsable ? Ou faut-il, tous, nous interroger sur cet apparent non-sens de la souffrance et de la mort qui s’atténue lorsqu’il est reconnu et partagé comme condition commune ? » (2002, p. 312-313).

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